Collection: Domaine Belluard

 

Pendant longtemps, le gringet est resté un secret de la vallée de l'Arve. Quelques hectares accrochés aux pentes d'Ayse, au pied du Môle, entre les vents froids descendant du Mont-Blanc et les éboulis laissés par les glaciers. Un cépage que beaucoup considéraient comme une curiosité locale, destiné à produire quelques bulles savoyardes, sans imaginer ce qu'il pouvait offrir lorsqu'on lui consacrait toute une vie.

Cette vie, Dominique Belluard l'a donnée au gringet.

À partir de la fin des années 1980, il entreprend un travail presque obstiné. Observer chaque parcelle. Comprendre les nuances des moraines glaciaires, des calcaires et des argiles rouges. Réduire les rendements. Convertir le domaine à la biodynamie bien avant que cela ne devienne une évidence. Surtout, oublier les recettes pour laisser le vignoble guider chaque décision.

Peu à peu, les vins changent de dimension. Ils ne cherchent jamais l'effet. Ils avancent avec retenue, comme ces paysages alpins dont ils sont issus. Une matière fine, une énergie silencieuse, des amers délicats, une salinité qui s'installe sans jamais durcir le vin. Plus qu'une démonstration de puissance, ils donnent l'impression de respirer l'air des montagnes.

Le plus fascinant est sans doute que Belluard n'a jamais tenté de faire ressembler le gringet à un autre grand cépage. Ni chardonnay, ni savagnin, ni chenin. Il l'a laissé parler dans sa propre langue. Les études ampélographiques confirmeront plus tard ce que ses vins racontaient déjà : le gringet est un cépage singulier, profondément enraciné dans cette vallée dont il semble être le prolongement naturel.

Lorsque Dominique Belluard disparaît en 2021, la Savoie perd l'un de ses plus grands artisans. Mais son œuvre dépasse largement son domaine. Il a offert au gringet une reconnaissance qu'il n'avait jamais connue et rappelé qu'un grand vin naît parfois d'une seule conviction : croire en un lieu que tout le monde avait fini par oublier.

Chez French Theory, Belluard occupe une place à part. Parce que ses bouteilles racontent bien plus qu'un terroir. Elles racontent la patience, le doute, l'intuition. Elles prouvent qu'un immense vin peut naître d'un cépage dont presque personne ne prononçait le nom il y a encore trente ans.