Collection: Thomas Pico

Longtemps, Chablis s'est raconté à travers la fraîcheur, la précision, la droiture. Thomas Pico y a ajouté une autre dimension : le relief.

Lorsqu'il fonde Pattes Loup en 2005 à Courgis, en reprenant une partie des vignes familiales, le jeune vigneron refuse les recettes établies. Il est convaincu qu'avant de produire un grand vin, il faut laisser vivre le vignoble. Les sols retrouvent le travail du cheval ou du tracteur léger, les traitements de synthèse disparaissent rapidement, la conversion biologique est engagée dès les premières années puis certifiée en 2009. Cette exigence n'a rien d'un manifeste : elle est simplement le point de départ indispensable pour retrouver l'énergie des terroirs.

À Chablis, où la recherche de rendement et les vinifications techniques ont longtemps façonné le paysage, Thomas Pico choisit une voie presque radicale. Les raisins sont récoltés à pleine maturité, les fermentations démarrent naturellement grâce aux levures indigènes, les élevages se prolongent bien au-delà des habitudes de l'appellation, sur lies, en cuves ou en vieux fûts qui ne cherchent jamais à marquer les vins. Le temps devient un véritable ingrédient de la vinification.

Cette philosophie prend tout son sens sur les sols kimméridgiens de Chablis. Ces marnes calcaires vieilles de plus de cent cinquante millions d'années, constellées de fossiles marins, ne donnent pas seulement une signature minérale. Elles offrent une vibration, une salinité et une profondeur que Thomas Pico cherche à révéler plutôt qu'à façonner. Ses vins ne cherchent jamais l'effet immédiat ; ils s'ouvrent lentement, gagnent en complexité avec l'air et dévoilent une matière d'une rare intensité, toujours portée par une tension remarquable.

Le domaine s'étend aujourd'hui sur une quinzaine d'hectares répartis entre Chablis, plusieurs Premiers Crus comme Beauregard ou Côte de Jouan, ainsi que quelques parcelles de Grand Cru. Chaque climat est abordé avec la même humilité : comprendre ce que la vigne a à raconter plutôt que lui imposer un style.

En une vingtaine d'années, Thomas Pico est devenu l'une des figures majeures de la nouvelle génération bourguignonne. Ses bouteilles ont profondément changé la perception de Chablis auprès des sommeliers et des plus belles tables du monde. Elles ont rappelé qu'au-delà de la seule notion de fraîcheur, Chablis pouvait offrir de la chair, de la profondeur et une formidable capacité de vieillissement sans jamais perdre cette sensation de roche, de craie et de sel qui fait son identité.

Ces vins racontent exactement ce que nous aimons défendre : des vignerons qui n'inventent pas un style, mais qui révèlent leur terroir avec suffisamment de patience et de conviction pour en changer durablement notre regard.